26 févr. 2013

Romero of the Dead

 

 

 Pour ce dossier spécial, focus sur l'héxalogie de Mr George A. Romero, le grand manitou du film de morts vivants, le Papa de tous les zombies ! En effet, Romero peut se venter d'avoir inventé , quasiment à lui seul, le Zombie-Movie, aujourd'hui devenu un genre à part entière. Inspiré par des films comme "Vaudou" ou "White Zombie", George Romero décide de remettre ce sous-genre de série Z, à peine populaire dans les années 30, au gout du jour et de s'en servir comme toile de fond à une critique socio-politique. Il réunit quelques bons copains, un peu d'argent, et se lance alors dans le tournage de ce qui devait s'appeler "La Nuit des Mangeurs de Chair". Un problème de dernière minute, lié au changement de ce titre, aura valut à Romero de perdre les droits du film qui tombera des sa sortie dans le domaine public. Si Romero possédait les droits de "La nuit des Mangeurs de Chair" ou "Night of the Flesh Eaters", personne n'avait ceux de "La Nuit des Morts-Vivants" alias "Night of the Living Dead". Tourné à Pittsburgh en noir et blanc, faute de moyen (nous sommes en 1968 et le film couleur est bien sûr devenu courant) le film rencontrera dès sa sortie un succès phénoménale, autant en salles que dans les mythiques (et regrettés) Drive-in.


La Nuit des Morts-Vivants - 1968

L’idée de visionner un film de zombie de 1968 (qui plus est, un petit budget en noir et blanc) aurait de quoi calmer l’enthousiasme des amateurs du 21ème siècle. Et pourtant…
 La petite histoire du film veut que Romero (réalisateur et scénariste), John Russo (co-scénariste), Russel Streiner (producteur et rôle de Johnny), Karl Hardman (maquillage, son et rôle de Harry) ainsi que 6 autres personnes décidèrent d’investir 600 $ chacun en vue de créer ce long métrage. Le budget atteindra finalement, grâce aux premiers rushs prometteurs, les 110 mille $. Ce petit film indépendant, brut et maladroit, deviendra la légende que nous connaissons. La base d’un genre qui brasse aujourd’hui chaque année, des millions de $.
 Aujourd’hui tout le monde connait les zombies : que sont-ils, que veulent-ils, comment leurs échapper et comment les tuer. Mais personne n’en savait rien avant de voir « La Nuit des Morts-Vivants ». De nos jours, chaque film de zombie se doit d’avoir une particularité pour mettre en scène les éternelles scènes de cannibalismes, de transformation ou de confrontation avec un personnage devenu zombie. Les scénaristes doivent rendre originaux ces éléments pourtant classiques (Les zombies de Danny Boyle ont la rage, « REC » est en Found Footage et « Resident Evil » propose non seulement des zombies, mais toute une panoplie de créatures en tout genre. « La Nuit des Morts-Vivants » n’a pas besoin de cela puisqu’il est le premier à nous présenter les différents éléments du mythe zombie. Voilà ce qui le rend passionnant pour celles et ceux qui connaissent le mort vivant et ses subtilités. Alors certes, nous savons pertinemment ce qui arrive à ceux qui ont été mordus : oui la fille de Harry, malade depuis le début, va se transformer avant la fin. Mais en imaginant la tête des spectateurs qui ignoraient cette fatalité, le choc de voir cette gamine dévorer son père est intacte. Cette vision sonne le départ d’un Twist-Ending ravageur. Durant plus d’une heure, le film s’articule lentement vers ce point précis où les drames s’enchainent et se déchainent ! Les éléments mythiques et incontournables du genre d’entremêlent alors pour le massacre final.
 En visionnant ce film nous assistons à la naissance de codes précis et de règles inoubliables. George Romero mystifie le zombie et fait de « Night of the Living Dead » une légende doublé d’une bible visuel. Source d’inspiration inépuisable quant aux techniques permettant l’instauration d’une ambiance lourde et effrayante.
 Enfin, l’aspect socio-politique ne nous échappe pas et dans un sens profond au film. Le conflit familial, l’omniprésence de la TV et de la radio, seul lien avec le monde extérieur, le héros noir (bien que Romero se défende d’avoir fait ce choix avec une arrière-pensée) seul personnage doué de bon sens, la peut du nucléaire et des radiations, propres aux années 60, et bien sur cette séquence final don je préserverais le secret pour celles et ceux qui n’en sauraient rien ;)


"ZOMBIE" - 1978

Avis après visionnage des deux versions du film : celle de Romero et la version remonté et re-sonorisé du maestro Dario Argento. Des versions si différentes que pour certains, il s’agit là de deux films bien distincts : « Dawn of the Dead » et « Zombie ».
« Quand les morts se mettent à marcher, il faut arrêter de tuer sinon nous perdrons la guerre ». Le prêtre
 Si « Zombie » se laisse regarder et re-regarder plus facilement que son aîné de par sa modernité, force est de constater qu’il n’atteint pas le niveau de terreur exploité dans « La Nuit des Morts Vivants ». 10 ans d’évolutions techniques séparent les deux films et la grande différence est que « Zombie » nous est présenté en couleur ! (Malgré cet atout, je pense que le film aurait mieux vieillit s’il était en noir et blanc ; les zombies gris-bleus et le sang magenta, presque rose, ont de quoi surprendre).
 Outre ce détail, le métrage brille d’excellence et nous entraine dans un feu d’artifice déjanté d’ultra violence et de « n’importe quoi » (une bataille de tarte à la crème avec des zombies ? Du jamais vu !). Le rythme est intense, très rapide et relativement agressif pour un film de cette époque. L’humour est partout, film comique ou film d’horreur ? Seuls les films des 70’s-80’s savent entretenir cette confusion (voyez le « Evil Dead » de Sam Rami.) Nous sommes ici plus proche de « Shaun of the Dead » que de « Night of the Living Dead ». Certaines séquences laissent carrément perplexe, je pense (entre autre) à cette scène hallucinante où bucherons et militaires traque le zombie, riant, trinquant et immortalisant le tout avec quelques photos…
 Ce qui marque le plus dans « Zombie » c’est bien sûr le sous-texte cher à Romero. Nous ne sommes qu’en 1978 et pourtant voici un film qui critique ouvertement la société de consommation, l’individualisme, le matérialisme. Pour que vous y voyez plus claire, il faut savoir que l’histoire nous propose un groupe de survivants, réfugiés et cloitrés dans un centre commercial. Steven est prêt à tout, même à tuer des humains pour conserver son univers privé (« It’s ours ! It’s ours ! We get it ! »), les protagonistes sont ravis d’être enfermé dans ce petit monde des supermarchés où tout est présent en abondance, la première partie du film nous montre même un journaliste se faire huer parce qu’il recommande d’abandonner sa propriété privé, dans le cadre de la survie (ah ces américains…). Enfin, des dizaines de plans, magnifiques, intelligents et à mourir de rire nous montrent des centaines de zombies errants dans les magasins de cet immense centre commercial, dans les escalators, sur la patinoire, devant les vitrines etc… Des séquences soutenant la comparaison entre l’Homme et le zombie, entre le zombie et le mannequin glaciale des vitrines. On parle alors de cadavres don les quelques bribes de mémoires leurs feraient savoir qu’ils ont envie d’être ici, de déambulé dans les allées, sans trop savoir pourquoi. Romero nous confronte à nos propres démons et notre matérialisme excessif quand la scène la plus effrayante du film devient cette attaque de pillards. Comme Steven, nous tremblons à l’idée que ces anarchistes puissent venir saccager cet endroit parfaitement aménagé et regorgeant de merveilles. C’est ainsi qu’il nous laisse confus à l’idée que ce monde ait déjà fait de nous des morts vivants. L’idée d’anarchie revient souvent dans le film, enrichissant son message par la peur et la délivrance qu’elle peut inspirer.  On constatera aussi quelques bribes de féminisme, par le biais du personnage de Fran.
 L’univers, le mythe et les codes du film de zombie s’enrichissent ici avec l’arrivé du suicide et l’idée d’un monde post-apocalyptique.
 Ma préférence, contre l’avis général, va à la version américaine de Romero, bien plus complète (quelques 20mn supplémentaire sans l’ombre d’un ennui). Certaines scènes poignantes et d’autres très drôles ont disparus de la version Italienne/Européenne. Le seul bon point de la version de Dario Argento et la bande original de The Gobelins !
 Enfin, je n’ai pas pu m’empêcher de remarque que Danny Boyle avait fait de nombreux clins d’œil à « Zombie » dans son « 28 jours plus tard » : La scène de supermarché (bien sûr !) et cette longue séquence où les protagonistes s’arrêtent au milieu de nulle part, scène jumelle de celle présentée au début de « Zombie » jusqu’à l’attaque d’enfants zombies.
 Pour conclure, entre humour noir et politique, montage et scénario barbare, « Dawn of the Dead » est un OVNI, film d’horreur axé sur l’action et l’ultra-violence (saluons au passage les merveilleux tours de passe-passe du grand manitou du maquillage : Tom Savini). On comprend pourquoi ce film est la référence absolue du ciné-zombie. Eprouvant et excitant, effrayant et hilarant, « Zombie » est un grand spectacle très grossier, qui frise le génie.
 
 

Day of the Dead - 1985

 Dans ce troisième épisode de la dite, trilogie originelle, Romero nous plonge à nouveau dans son univers par le biais d’une introduction des plus spectaculaire. Merveilleusement esthétisé, minimaliste et surprenante (sursaut à la clé) : Magnifique
 Un nouvel élément vient enrichir le mythe zombie : la ville fantôme, uniquement animé par les gémissements affamés des morts. Le sol y est jonché de billets de banque et on remarque bien sûr une couverture de journal qui traine par ici et qui titre : « The Dead Walk ».
 Le visuel est ici plus soigné que dans « Zombie ». Heureux de constater que les morts-vivants et les scènes de gore sont bien mieux orchestrés. Certaines d’entre elles sont tout simplement époustouflante à l’image de ce zombie dépecé sur table d’opération, qui étale ses viscères au sol en tentant de se relever.

 Encore une fois, le message socio-politique prend de la place. Nous faisons clairement face à une propagande antimilitariste, anti-machiste ainsi qu’à une interrogation poignante sur les limites de la science. Dans ce huis-clos infernal, les soldats sont vulgaires, mal élevés, irréfléchis, sexistes et incontrôlables, plus dangereux encore que les zombies, disant amen à tout ordre, aussi terrible soit-il. Les scientifiques y sont quant à eux dépeint comme emplis bonnes intentions. Mais l’Enfer en est pavé… Aussi oublieront-ils qu’ils ont un cœur et seront prêt à tout (surtout au pire) au nom de la science et de la découverte. Les petite-gens sont en revanche présentés comme étant les plus raisonnables. On notera que pour la troisième fois consécutive, l’homme de couleur est celui qui présente le plus de bon sens et semble être non seulement plus courageux, mais aussi plus nuancé et plus juste. En outre le film nous parle évidemment de rapports humains avant de traiter zombie. Qu’appel-t-on humanité ? Et que signifie le terme « inhumain » quand il ne vient qualifier que des Hommes ?

 Le point fort du film est Bub, le zombie apprivoisé. Monstre auquel nous nous attachons et qui saura nous faire rire et pleurer (un grand bravo au comédien qui l’interprète avec brio !) On notera aussi la présence de scènes parfaitement jubilatoire comme le sacrifice du latino qui fait ainsi entrer des dizaines de zombies dans le bunker (lieu de huis clos commun à tous nos personnages qui s’y déchirent tout au long du métrage) l’image de leur arrivée par la plateforme élévatrice est aussi splendide que réjouissante.
 Une fois encore je constate à quel point la trilogie de Romero a été une référence pour Danny Boyle dans « 28 Jours plus Tard » : huis clos antimilitariste, l’homme qui devient (ou demeure ?) plus malveillant que le zombie etc… On remarque aussi de grandes similitudes avec « Resident Evil : Extinction ». A croire que Russel Mulcahy, réalisateur de ce troisième opus, a vu en Resident Evil une parfaite toile de fond pour un remake du « Jour des Morts » ; Le sous-terrain par monte-charge (don l’accès est encerclé par des grillages eux même encerclés par des zombies) et dans lequel on amène des « spécimens » pour les étudier en vue d’une potentiel solution à l’infection. Mulcahy a même tenté d’insérer dans son film, le personnage de Bub. Mais dans « Resident Evil 3 » cette séquence est un échec qui frise le ridicule.
 Pour conclure, « Day of the Dead » se présente peut-être comme le meilleur de la Trilogie des Morts-Vivants : d’un point de vu scénaristique et esthétique. Un petit bijou qui mérite largement son statut de film culte.

 
 (Après « Le Jour… » il faudra attendre 20 ans pour George Romero nous revienne en forme pour un petit film de zombie)
 

 Land of the Dead - 2005

 Bien plus que dans ses prédécesseurs, on trouve dans le « Territoire des Morts », blockbuster ultra moderne, une vision pessimiste de l’Homme et une critique musclé de la société propre à son époque.
 Romero voit plus grand pour ce quatrième huis-clos horrifique, cette fois, une ville entière sera le décor de ses péripéties. Une ville qui, malgré le passage de l’apocalypse, possède un système et une hiérarchie. Une ville fonctionnant comme dans l’ancien monde ; utilisant l’argent et créant des classes sociales. D’un côté les riches, cloitrés dans leur tour d’ivoire et vivant comme des pachas avec jolies magasins et services à gogos. De l’autre les pauvres, vivants dans les ruelles sinistre autour de la tour, merveilleuse image de la banlieue, souffrant d’un manque de confort, d’hygiène et de sécurité, s’enfermant dans la violence, le trafic et la prostitution, convoitant le monde des riches. Mais ils sont en position de faiblesse, ils ne peuvent se rebeller contre ce système et l’homme qui le dirige puisque cette organisation, si injuste soit-elle, offre une protection solide (mais pas infaillible) contre le monde extérieur.

 C’est avec une grande colère et une certaine gêne que nous assistons à ce piteux spectacle par un Romero qui tente ici de nous ouvrir les yeux. En vain, chacun est conscient de la bêtise humaine, mais à l’image de ses personnages, nous sommes coincés.

 Dans ce monde « fictif » la cruauté est partout. George Romero propose à nouveau de prendre en pitié le zombie, devenu métaphore des fausses minorités. Il met en scène une sorte de club où les morts sont considérés comme des monstres de foires (on peut prendre une photo souvenir avec un zombie ou organiser des combats comme on participe à des combats de coqs !). Mais dehors, au-delà des remparts de la ville, quelque chose se prépare. Dans la continuité de « Day of the Dead » (et de l’intrigue de Bub) les zombies se montrent capable de réfléchir, d’apprendre et même de communiquer. Aussi, par le biais d’un meneur, ils prendront d’assaut la ville imprenable. Comme si nous attendions notre propre punition, nous jubilons face à l’arrivée des zombies en ville (et tout particulièrement quand ils s’en prennent aux méchants riches qui croyaient intouchables) mettant un terme définitif à cette mascarade. Que nous raconte Romero ? Qu’il ne faut pas avoir peur de « l’envahisseur » qui viendra nous délivrer de notre propre mal ?
 La question principale du métrage est : qui du zombie ou de l’Homme est un monstre ? Ou encore : Qui peut décider de ceux qui méritent de vivre, de ceux qui mérite la Mort ? Pour la scène finale, le personnage principal (Simon Baker notre mentaliste adoré) refuse d’abattre le chef des zombies. Une séquence qui en dit long sur l’évolution de la saga et la vision de Romero.
 En dehors de cette profondeur, ces métaphores et autres questionnements, « Land of the Dead » demeure un brillant divertissement : une orgie d’action, d’humour et de gore comme seuls les zombies savent y faire. Porté à l’écran par un grand studio Hollywoodien (pour ne pas le nommer : Universal) nous remarquerons qu’à l’avenir, George Romero ne réitèrera pas l’expérience et fera de « Diary of the Dead » (5ème épisode) un film indépendant, malgré les nombreuses possibilités offertes par l’accès à un plus gros budget.
 On remarquera avec plaisir l’apparition de Tom Savini en zombie (très) énervé et une merveilleuse séquence d’introduction : un générique ultra-rythmé suivit d’une scène où les morts jouent à être vivants.
 « Land of the Dead » à des airs de grand blockbuster d’action agrémenté de la « Romero’s Touch » ce qui lui offrira d’agrandir son audience. C’est avec plaisir et jubilation que nous retrouvons cette saga, quelques 20 ans plus tard. George Romero se montre plus mûre, plus soigneux et n’a pour autant rien perdu de son génie, il offre ici un très grand spectacle réussissant avec splendide son comeback au genre qu’il a initié.

 

Diary of the Dead - 2008

 Pour ce cinquième film de la saga « of the Dead », Romero propose à ses spectateurs un film en Found Footage entièrement tourné en format DV. L’utilisation de ce genre se justifie de plusieurs manières : tout d’abord, nous sommes en 2008 et surfer sur cette mode permet de rajeunir la saga et d’attirer un nouveau public. Le succès de « REC » est indéniable et nous pourrions presque entrevoir un clin d’œil au film Espagnol lors d’une séquence où des militaires munis de combinaisons antivirales pénètrent dans l’appartement d’un vieux couple. Les décors y sont très semblables à ceux de « REC », tout comme les costumes et la situation générale. Mais est-ce bien une référence ? Est-ce que Romero, si difficile avec les films de zombie, a su apprécier le long métrage de Jaume Balaguero et Pacco Plaza ?
 L’utilisation du Found Footage concorde également avec la volonté de Romero à revenir sur un petit budget. Film indépendant, « Diary of the Dead » sera presque entièrement mis sur pied par des étudiants en cinéma. Bien sûr, le thème abordé (les média de masse) se montre également à la hauteur d’une justification. En effet le roi des zombies décide ici de nous parler du journalisme, de la vidéo et tout particulièrement d’internet. Le monde qui croule sous le poids des images et la difficulté des Hommes à discerner le vrai du faux en se baladant sur la toile. C’est d’ailleurs avec une logique impeccable que Romero fait d’internet le dernier lien entre les êtres humains : il y est omniprésent.
 Le terme « canular » est employé plusieurs fois par des journalistes (qui sont bien entendu plus présent dans cet opus), nous rappelant vaguement « Resident Evil : Apocalypse » et le film tourné par la journaliste qui sera finalement considéré comme entièrement faux.

 Romero soigne particulièrement la justification du procédé (un peu comme dans « REC ») et on ne se demande pas pourquoi les protagonistes continuent de filmer (comme dans « Cloverfield »… Par exemple). La réponse y est très explicite. Premièrement, les personnages sont de jeunes cinéastes : au moment du drame, ils ont la chance d’avoir avec eux du matériel. Deuxièmement, ils postent, dès qu’ils le peuvent, leurs images sur internet, dans l’espoir de pouvoir aider en partageant leur expérience. Enfin, ils filment pour se protéger, la caméra les aide à se placer en dehors du drame, en dehors du drame. Idée clairement exprimée par notre narratrice. Ainsi rien ne les choque et ils n’ont plus peur : le pire devient une bonne image. Quiconque manipule la vidéo ressentira ce malaise, notamment lorsque Jay (le personnage plus obsédé par l’idée de filmer en permanence) demande à ses amis de refaire tel geste, d’attendre qu’il soit en position avant d’avancer ou encore quand il les filme se faisant attaquer, sans les aider… Bien sûr Romero parle de lui-même et de toutes celles et ceux qui filment la réalité dans l’idée d’en faire une fiction.
 La dernière grande réussite réside dans le fait que notre narratrice (la petite amie de Jay) nous explique qu’elle a monté ce film avec leurs propres images et d’autres vidéos téléchargées, qu’elle a ajouté de la musique ici et là pour le rendre plus intense etc… On assiste même à une scène où Jay et Eliott commence le montage et s’arrange pour récupérer d’autres images d’eux même (vidéo-surveillance).
 On notera aussi une scène finale grandiose et très prenante où, une fois encore, nous voyons deux bouzeux, genre américains conservateurs légèrement barrés (ceux-là, Romero à l’air de les adorer…) s’amusent encore avec des zombies. La narratrice nous demande alors si nous méritons de vivre.
 Entre violence et humour (les scènes excellentes du Hamish !) Romero nous livre encore un film aux relents de génie. Parfait divertissement, gore et bien rythmé, profond et très soigné. C’est aussi l’un des meilleurs found footage qu’on ait vu jusqu’ici. Pari réussi. 
 

Survival of the Dead - 2010

 Très critiqué, « Survival of the Dead » est à mes yeux une autre belle réussite. Peut-être pas aussi bien pensé que ses aînés mais il reste un bon divertissement. Ici sont mis en scène tous les gens que Romero adore, éternels plouque de l’Arkansas, vieux cow-boys conservateurs, fermier de l’Amérique traditionnelle affrontant des militaires abrutis de testostérone. Tout est dit, les deux groupes rivalisent de stupidité (quoique, les militaires font parfois office d’anges intellectuels à côté de ceux qui pensent vivre au Far West).
 Dans cette nouvelle intrigue, c’est l’esprit borné de l’Homme que Romero condamne à l’infection zombie. Cette idée atteint son paroxysme lors d’un final toujours aussi grandiose ; les deux chefs de familles, se haïssant mutuellement depuis des décennies, s’y affronte à la manière des films de Western, même à l’état de zombie. Délicieusement ridicule.

 Ce sixième (et dernier ?) huis clos est une île où débarque notre groupe de militaires bien cons (et aperçut dans « Diary of the Dead ») pensant y trouver paix et tranquillité : une Utopie (notons que le principe même de l’utopie est de ne pas exister, idée bien enregistrée par Romero entre le centre-commercial, la ville imprenable et maintenant l’île). En ces lieux, une guerre ancestrale fait rage entre deux familles. Guerre que même la fin du monde ne semble pouvoir apaiser. L’une pense qu’il faut tuer les zombies, l’autre pense qu’il faut les conserver ainsi, dans l’espoir d’un remède et pour s’en servir comme esclaves. Ainsi les diverses confrontations se transforment en un grotesque festival d’humour et de carnage.
 Un autre thème semble abordé avec un peu d’hésitation : l’Homosexualité. Romero nous présente son premier personnage ouvertement homo. C’est une femme, elle est noir, elle est lesbienne. Elle incarne une certaine sagesse et nous est présentée comme la plus sensée du métrage. Ce n’est évidemment pas la première fois que George Romero présente des minorités « différentes » s’avérant être de meilleurs Hommes que les "normaux". On note aussi une relation ambiguë entre le militaire et l’adolescent (mais peut-être est-ce mon imagination qui me joue des tours ?).
 Dans « Zombie » nous apprenions que les Morts-Vivants avaient un peu de mémoire. Dans « le Jour » et « le Territoire » qu’ils étaient capable d’apprendre et de communiquer. Ici, Romero continue de faire évoluer sa créature et on entrevoit le début d’une solution. Les zombies peuvent aussi se nourrir d’animaux. Mais reste à le leurs faire comprendre…
 Malgré un tout petit défaut (les effets spéciaux ! Oui, un seau de Ketchup vaut mille fois mieux qu’un sang numérique !) « Survival of the Dead » reste un bon divertissement, une suite réussit et un très beau délire. A savoir que ce film sonne comme un point final… Une dernière envie personnelle (Romero se fiche ici des attentes du public) et une sorte de mea-culpa pour tous les bouzeux aperçu au cours de la saga, que l’on finit ici par comprendre et apprécier. Le grand âge nous offrirait-il la sagesse d’aimer tous les Hommes Mr Romero ?
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A savoir, la saga of the Dead compte de nombreuses suites/reboot/parallèles/remakes etc... Focus sur ses trois principaux remakes :
 
 

La nuit des Morts Vivants (Tom Savini 1990)


 Le film de Savini est un vrai remake, j’entends par là que, contrairement à d’autres, celui-ci reprend la trame exacte de son film original, les même personnages et bon nombre de séquences, de dialogues et de plans (parfois tout à fait identique, reste à savoir si cela peut-être ou non considéré comme une bonne chose ; c’est l’éternel débat qui déchaina les passions durant la promotion du « Psychose » de Gus Van Sant.)

Malgré tout, on remarque une grande différence entre les deux films (outre le passage à la couleur !) ici, les personnages paraissent moins exploités, moins profonds. Ils semblent n’être qu’un pâle reflet de ce qu’ils furent 22 ans plus tôt. Aussi, notre esprit amoureux du film original ne peut s’empêcher de remarquer en premier lieux les différences qui séparent les deux groupes de personnages. Des différences qui n’auraient pas eu lieu de choquer si le film n’essayait pas de souligner autant les ressemblances et sa fidélité aux personnages de 1968. Alors, leurs proximité devient évidente, et de ce fait, les différences : flagrantes. Une situation qui rend les divergences plus choquantes, plus gênantes pour l’œil et l’oreille, comme si elles n’étaient pas assez assumées pour devenir autre chose qu’une série embuches sur un film qui perd alors de sa fluidité. A noter une grande exception ; Barbara, qui elle se présente officiellement comme différente de son aîné. La nouvelle Barbara est le point fort du film.

L’ambiance de Night of the living dead est moins pesantes, moins étouffantes. Mais nous n’en tiendrons pas rigueur, difficile de réitérer un miracle. Aussi, un point fort de l’original à ici disparu ; la subtil progression vers les explications de cette invasion. Comme si Savini baclait cet élément, considérant que le public de 1990 se montrera érudits des films de zombies. Hors le but de « La nuit des morts vivants » est bien de découvrir la mythologie zombie ; c’est une base.

Aussi, une autre déception s’installe. 1990 + Romero + Savini devrait signifier un bain de sang, un festival horrifique et une anthologie du gore ! Mais il n’en est rien. Ce remake parait tellement sage comparé à « Zombie » ou au « Jour des Morts ». Dommage, l’hémoglobine était sans aucun doute l’élément le plus attendu dans cette version. Les scènes de cannibalisme n’atteigne même pas le niveau de détails et d’étrangeté du film de 1968 (qui lui était pour autant édulcorée au possible). Alors que faut-il en déduire ? Grosse production = censure ? On regrettera aussi un changement étonnant : le retour de Johnny à l’état de simple cadavre et non plus de zombie…)

Les bons points ! L’humour bien sûr ! Notamment la scène hilarante entre Peter et sa petite amie, lorsque le couple arrive à la pompe à essence. Autre idée brillante, déjà citée plus haut : la transformation de Barbara en Survival Girl ! (L’effet Alien, Sigourney Weaver et Slasher Movie se banalisant alors à cette époque). Oui oui, Barbara se bat et n’a pas peur de se salir les mains, adieu l’ignorante petit midinette du film de 68, dites bonjours aux pieds et aux poings de Barbara 2.0. Mieux encore : (attention Spoiler) Barbara survit ! C’est d’ailleurs sur la fin que le film de Savini se distingue et prend de l’intérêt. Le final est grandiose ; la démence de Ben et sa défaite, le retour des puritins chasseurs de zombies, ploucs des bas-fonds américains, Yankees bien-détestés de tonton Romero (et des quelques intellectuels qu’on trouve outre-atlantique). Des hommes dangereux avec qui Barbara devra (bien malgré elle) collaborer. Certaines idées préparent alors le terrain pour « Land of the Dead » : les jeux d’humiliations sur zombies capturés. Barbara en vient à prendre en peine ces morts-vivants et prononce cette phrase très éclairante sur la saga en générale : « They are us. We are them and they are like us… » A méditer.


 L'armée des morts (Zack Snyder - 2004)

 
 

Le remake de « Zombie » n’a de l’original que le titre et le décor (huis clos/centre commercial). Nous ne sommes plus ici dans une critique acharnée du consumérisme et encore moins dans un délire anarchique. « L’armée des morts » est un blockbuster moderne ; autrement dit, un pur divertissement sans l’ombre d’une revendication. Loin de l’esprit Romero, on favorise maintenant la forme au fond.


De ce point de vu, c’est une grande réussite. Un voyage horrifique à cent à l’heure, rythmé par une BO rock’n’roll et des effets spéciaux très réussis. Nous pouvons saluer (tout comme Romero l’a fait) la scène d’introduction qui offre aux spectateurs un grand show à l’américaine, un grand huit des plus spectaculaires. Autre idée plaisante et réussit ; le basculement vers un procédé de Found Footage pour un générique de fin des plus excitant (peut-être mieux que le film en soit).
En cherchant bien (et avec une grande volonté) on peut tout de même dénicher quelques messages socio-politique (difficile de s’en empêcher quand on regarde le remake d’un film de Mister Romero). Des messages plus ou moins assumés, jamais vraiment approfondis. Par exemple, le rôle des classes sociales et ce qu’il peut bien en subsister dans un monde post-apocalyptique (la police représente-t-elle encore une certaine loi ? Est-ce qu’un citoyen moyen peut se faire chef et héro ?) On trouvera aussi l’éternelle auto-analyse qui fait tant jubiler les américains, un questionnement sur l’étrange fascination que voue ce peuple à sa propre violence. Le thème du sexe et de la sexualité est aussi abordé. Premièrement par le biais de la télévision ou un catholique extrémiste s’exprime sur la situation, nous exposant une religion obsédée par le sexe (selon lui, les zombies ne sont que punition divines. Les hommes auraient trop pêché. Leurs vices ? Avortement, préservatif, adultère, sodomie et homosexualité…) L’homosexualité est aussi suggérée par le biais du personnage de CJ qui semble se découvrir au fil de l’intrigue. Bien entendu, ces choses ne sont visibles que si nous y portons une attention toute particulière, de façon plus objective, le métrage est vide de toute pensée. Ce qui est un véritable sacrilège, proche d’une insulte envers l’œuvre de Romero qui a toujours eu vocation d’exprimer un avis (qu’importe lequel) et de se servir des zombies comme d’une métaphore sociale.
Pour conclure, si « L’armée des morts » n’est pas un bon remake, il s’affirme comme étant un bon blockbuster qui livre à merveille ce que nous attendons de lui, sans pour autant chercher à faire mieux. Scénario travaillé, scènes gores plutôt réussit, relations entre les personnages maitrisés… A voir.
 

Le jour des morts (Steve Miner - 2008)

 
Très critiqué, peu apprécié, distribué sur notre territoire en direct-to-dvd 4 ans après sa sortie US, ce pseudo-remake n’est pourtant pas si mauvais que ça. Evidemment, on se demande comment le nom de Romero peut bien apparaitre au générique d’un tel film et comment Steve Miner a pu avoir l’autorisation de proclamer son film remake d’un chef d’œuvre comme « Day of the Dead ». Gardez bien à l’esprit qu’il ne s’agit pas d’un remake. Même Resident evil : Extinction est plus proche du film de Romero que cette production. En effet les deux n’ont strictement rien à voir. Hormis quelques éléments (qu’on retrouve de toute façon dans bon nombre de films de zombie) un zombie apprivoisé et des militaires. Le problème, c’est que dans ce film, les militaires sont des héros. Est-ce qu’une seule personne travaillant sur ce remake a compris que le film original était anti-militariste et jubilait de moquer l’armée américaine ? En outre, les zombies ne sont pas ici de vrais zombies ; créatures à mi-chemin entre l’infecté de Danny Boyle et le primate de Burton. Ils courent, ils crachent, ils hurlent, ils font des bonds de dix mètres et marchent au plafond ! Pour compléter ce tableau, on remarquera un mauvais scénario (absent est un meilleur qualificatif) et une réalisation peu soigné et très impersonnelle.

Malgré cette avalanche de mauvaises nouvelles, je pense que si ce film ne portait pas ce titre, la critique se montrerait plus clémente. Nous voyons chaque semaine des films bien plus mauvais que ça. Les comédiens sont crédibles (notamment la jeune femme qui incarne le personnage centrale) le métrage reste efficace, popcorn réussit, parfois angoissant et effrayant. A condition de se laisser prendre au jeu, on peut aimer ça. Day of the Dead » est un bon divertissement qui mérite d’être défendu auprès des spectateurs bornés, bobos et conservateurs pour la simple et bonne raison qu’il se laisse regarder (ce qui n’est pas toujours gagné.)
 
 
 
 
 

Articles annexes :

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