18 mars 2013

Hunger Games





Aujourd'hui je vous propose un focus sur la désormais célèbre saga Hunger Games et les 3 tomes qui la composent. Une série dont je viens d'achever la lecture, quelques jours seulement après l'avoir commencé : éprouvant !

 

Hunger Games (Tome 1)

Incroyable la sensation que procure ce livre. Sur la quatrième de couverture, nous pouvons lire un avis signé Stephen King : « Impossible de lâcher ce livre ; c’est comme si votre vie en dépendait ». Il disait vrai. Il suffit d’une page pour être transporté. Non pas que l’écriture de Suzanne Collins soit particulièrement prenante (elle est même relativement simpliste, parfois mauvaise) mais c’est l’histoire, fascinante, dérangeante et cinglante qui nous emporte dans ses péripéties. Nous découvrons alors un monde futuriste régressant, les ruines d’une ancienne société, la nôtre. Un régime autoritaire y sépare soigneusement les pauvres et les riches et nous voici devant la métaphore prenante de notre existence ; les riches occidentaux, bien nourris, qui regarde à la télévision le tiers-monde s’entre-tuer. Le tiers monde qui crève de faim. Comme vous le savez, Collins revisite ici le mythe gladiateur, à manière de Battle Royale. Dans ce monde moderne, il y-a le capitole, le centre du pays de Panem ou des citoyens vivent une vie futile qui frise le ridicule. Teinture de peau, tatouages dorés, chirurgie esthétique extrême, implant de moustache d’animaux, port de vêtements et de perruques multicolore. Cette population étrange n’est pas sans nous rappeler nos propres fantaisies et ce qu’elles pourraient devenir dans quelques années. Pour nourrir ce petit monde et lui fournir le tissu, l’énergie et les matières premières, il y a les districts. Douze en tout, qui se répandent à travers le pays et sont surveillait constamment, de façon à ce que ces peuples travaillent docilement et se montrent ravis que le Capitole les laissent vivre, en échange d’un travail assidu, d’un lavage de cerveau scolaire et d’aucune plainte concernant leur situation précaire et pathétique. Voilà 3 quarts de siècles, les districts s’étaient soulevés contre le capitole. Après leur échec face au pouvoir et ses arguments convainquant (la bombe nucléaire, la destruction total du premier district rebelle ; le treize) les douze districts se voit contraint, chaque année, de fournir un jeune homme et une jeune femme de 12 à 18 ans pour participer aux Hunger Games ; un jeu télévisé destiné à divertir les citoyens du capitole et terroriser la population des districts qui se doit de faire profil bas. Un jeu terrible où les 24 participants devrons s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un.
 
  Toute cette histoire nous est contée par Katniss Everdeen, notre personnage principal, décrite à la première personne. Katniss qui se verra bien entendu participer aux Hunger Games. Alors, toute la première partie s’articule autour de la description de sa vie dans le district 12, une existence portée uniquement par la faim. Puis sa préparation aux Hunger Games. Car pour plaire aux habitants du capitole, il faut être beau et souriant. Les Hunger Games, c’est avant tout de la télévision ! Voilà ce qui dérange dans cette histoire. Les victimes sont dans l’obligation de parraitre ravis, lumineux et prêt à en découdre avec joie. Alors qu’ils savent pertinemment qu’ils sont déjà morts. S’ils refusent de jouer le jeu, aucun sponsor ne les supportera et ils n’auront aucunes chances de survivre. Car les sponsors ont le droit d’envoyer des cadeaux dans l’arène ; arme, médicament, NOURRITURE.
 
  Il s’agit bien des HUNGER Games, les jeux de la faim. Tout tourne autour de la nourriture, depuis les descriptions de famine, jusqu’à celles des merveilleux buffets du capitole, en passant par la chasse, le rapport à la chaire, la viande, le cannibalisme. Une scène ahurissante nous décrit Katniss, en route pour le Capitole, à qui on offre un véritable repas (oui les 24 tributs se voient traités comme des rois avant d’être jetés dans l’arène), elle s’en goinfre, tout comme son confrère du 12, Peeta, jusqu’à s’en rendre malade. Durant les jeux, la faim aussi est omniprésente, car la partie s’étend sur plusieurs semaines, et les tributs doivent se débrouiller pour survivre. Cette vision de la nourriture pousse à la réflexion, surtout pour nous autres qui ne souffrons pas de la faim et qui avons de l’eau potable à foison. Ces longues descriptions de buffets du Capitole sont troublantes, tantôt appétissantes, tantôt écœurantes.
 
  En outre, toute la première partie (la préparation aux jeux) se montre plus intéressante que les jeux en eux même. Car une fois lancés, ils ne sont finalement pas à la hauteur de nos espérances. Les choses s’articulent plus lentement. Mais au fil des pages, on s’y fait et nous sommes nous aussi plongés dans cette arène, dans cette forêt. On oubli le reste et on rentre dans la survie, ce qui apporte une rupture très visible dans le récit. Puis une fois encore, Suzanne Collins réussit à nous piéger dans le mensonge et à nous mettre en situation de gêne. En effet, il est réclamé à Katniss et Peeta de s’aimer pendant le jeu. Alors, en parfaite exhibition, ils s’embrassent et se caressent dans l’espoir qu’un sponsor romantique leur envoi un peu de bouillon. C’est immonde, d’autant que Katniss se montre tantôt réticente, tantôt excitée, complètement perdue dans ses propres sentiments, parfaitement consciente de la présence des caméras et de ces actions proches de la prostitution et dont l’objectif principale est de survire.
 
  Je ne vous parlerais que très peu du grand final qui se montre d’une barbarie étouffante, ni même de cette fin ouverte. Ce qu’il nous faut retenir c’est que, sans savoir pourquoi, ce livre nous prend aux tripes et au cœur. Il est réellement très dur de s’arrêter, si bien qu’on ne voit pas le temps passer. Un texte simple pour une réflexion profonde qui vous plongera dans un univers étrange, si différent et si proche du nôtre. 
 

  Hunger Games m’a procuré un choc. Littéraire et psychologique. Tout le monde devrait lire ce roman qui est en mesure de parler à chacun, d’une façon ou d’une autre. Le problème c’est que non seulement nous restons bloqués sur ce monde autoritaire si proche et réaliste, mais le regard porté sur notre assiette se voit définitivement chamboulé.
 

Hunger Games - L'Embrasement (Tome 2) 

 J’avais beaucoup entendu parler de ce deuxième tome. J’ignore pourquoi, j’étais persuadé que Suzanne Collins ferait mieux qu’avec le premier roman de la saga. Autant être claire de suite : j’avais tort. Non, L’Embrasement n’atteint pas le niveau de son aîné en matière de récit, de choc et d’addiction. Ce qui n’enlève rien au fait qu’il soit très bon.
 
  Ici encore, c’est la première moitié du roman qui possède le plus grand intérêt. La Tournée de la Victoire ! Six mois après les Hunger Games, nos deux gagnants (Katniss et Peeta) se préparent à faire le tour des Districts et à retourner au capitole, dans le but de donner de grande fête et de rappeler aux districts que les Hunger Games ne s’arrêtent jamais. Au cours des premiers chapitres, je croyais que cette tournée constituerait en fait l’essentiel du roman. Ce qui n’est pas du tout le cas. Elle est juste ici pour nous montrer à quel point les actes de Katniss dans l’arène ont eu des conséquences terribles et qu’un certain nombre de Districts se montrent prêt pour une révolte. Ensuite le récit s’attarde sur la vie au District douze, un lieu que le Capitole tient maintenant dans sa ligne de mire, un monde qui a beaucoup changé, non seulement parce que Katniss et Peeta ont gagnés et sont devenus riches, mais aussi car les règles s’y sont endurcis considérablement. Ainsi, tout le monde ou presque tente de faire comprendre à Katniss ce qu’elle représente et ce qu’elle est en mesure de faire. Chose qu’elle ne comprend pas et qui devient relativement agaçante quand arrivée à la moitié du roman, son pouvoir et d’une évidence rare (sauf pour elle...). Les ressorts sont alors mis en place pour le tome 3, ce que nous comprenons rapidement étant donné que la plupart des questions et des intrigues resteront en suspens, au profit de la deuxième partie du roman, plus modeste.
 
 Viennent alors les jeux d’Expiation. Qu’est-ce donc ? Un concept qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Si Suzanne Collins les avaient mentionnés dès le premier roman, le lecteur auraient sans doute trouvé cela moins tiré par les cheveux. Mais qu’importe ! L’Expiation est une édition spéciale des Hunger Games qui a lieu tous les 25 ans, une sorte d’anniversaire. Durant la création des premiers Hunger Games, une liste de règles et/ou de thèmes spéciaux furent écrits pour chaque édition d’Expiation, de quoi tenir pendant des siècles. Par exemple, pour les 50ème Hunger Games les tributs n’étaient pas 24, mais 48 ; une manière pour le Capitole de rappeler que même en grand nombre, les rebelles n’ont aucune chance. Cette année, pour les 75éme Hunger Games, le Capitole souhaite rappeler à quel point les héros et les plus forts n’ont aucune chance face au capitole. Alors les tributs seront sélectionnés parmi les anciens vainqueurs. Difficile de croire au hasard quand on sait à quel point le Capitole déteste Katniss et souhaite voir la révolte qu’elle diffuse s’éteindre le plus rapidement aux yeux de tous.

  Alors la préparation commence, encore un moment fascinant puisqu’en plus, nous rencontrons de nouveaux personnages, les anciens gagnants et parmi eux Finnick Odair, qu’on adore dès les premiers instants, quand il apparait à moitié nu, décrit comme sublime, draguant cette pauvre Katniss et grignotant un morceaux de sucre. Ce qui est intéressant c’est qu’un vent de révolte souffle directement dans le Capitole et sur ces jeux. Les tributs s’entendent bien, certains ne s’’entrainent pas et enfin, ils se montrent unis et se tiennent tous la main le soir des interviews. Puis les jeux commencent et je ne cache pas ma déception. Tic Tac. Une arène en forme d’horloge, une calamité qui tombe toutes les heures et très peu de survie, encore moins de combats. Et puis l’imagination visuelle laisse à désirer, un ciel rose, une pluie de sang et des singes mutants à la « Resident Evil Zéro ». Dieu merci le récit est alors porté par les relations entre personnages. Katniss et Finnick. Les tributs qui se sacrifient pour Peeta et bien sûr, Peeta et Katniss. Une étrange romance qui avait débuté lors de la tournée de victoire et qui se poursuit ici. Elle prend de l’épaisseur et se montre plus certaine que dans le premier tome, ce qui laisse souvent perplexe, car finalement on ne sait jamais si ces deux-là jouent un jeu pour les caméras, une belle réussite.
 

 La faim dans L’Embrasement est toujours présente, sans en constituer pour autant l’essence. On notera quand même ce détail incroyable, durant une fête au capitole, où les convives boivent une petite mixture pour se faire vomir et ainsi, continuer de manger toute la nuit. Immonde.
 
  En outre, si certains aspects de ce deuxième tome laisse pantois, le roman n’en demeure pas moins brillant et toujours aussi excitant. La continuité n’est pas parfaite mais la tournure des évènements est fascinante. On en redemande, surtout après avoir lu la dernière phrase !
 
 

Hunger Games - La Révolte (Tome 3)

Changement radicale pour ce troisième tome. Pour le meilleur, et pour le pire. Nous sommes instantanément plongés dans cette histoire qui sent le dénouement à plein nez. Suzanne Collins ne prend pas son temps et nous voici au beau milieu d’une guerre ouverte entre les rebelles et le Capitole. Seulement voilà, si l’écriture se montrait astucieuse et prenante quand il s’agissait de décrire de petites actions mettant en scène quelques personnages dans un huis clos, les grands récits guerriers et la multitude de personnage ne sont pas le fort de l’auteur. Tout le monde ne peut pas être George Lucas où J. K Rowling. Alors on s’égare un peu, on tourne en rond, la complainte de Katniss, sans arrêt de retour à l’hôpital, finit par devenir insupportable. Mais malgré tout on accroche et on a du mal à s’arrêter parce qu’on se demande sérieusement comment tout cela va bien pouvoir se terminer.
 
 L’organisation des rebelles dérange, tout comme leur soif de vengeance qui se montre complètement démesuré, le tout porté par le personnage de Coin, présidente du district 13. A la moitié du roman, Katniss se rend enfin au Capitole, elle perd le contact avec les rebelles et toute forme d’organisation. Entourée d’une équipe réduite (et d’ailleurs de plus en plus réduite au fil du récit, la mort étant omniprésente) l’intrigue devient réellement bonne car nous revoici au cœur d’actions plus simple, qui se déroule en un seul lieu avec les même protagonistes. A compter de cet instant nous replongeons entièrement dans l’histoire et nous retrouvons l’âme des Hunger Games, sous tension, ultra rythmé, ultra violente. Suzanne Collins joue avec nos sentiments et nos nerfs jusqu’au derniers instants qui sont simplement hallucinants.
 
  Là où l’auteur fait fort, c’est en nous donnant une vision du bien du mal très réaliste. C’est-à-dire que ni l’un ni l’autre n’existe (ce qui est très rare dans un récit Américain). Il n’y a que la folie des Hommes qui prend des airs de cercle infernal. Si bien qu’à la fin, nous restons abasourdis devant l’organisation de nouveaux Hunger Games, mettant en scène les enfants du capitole… Si Katniss aura su rester fidèle à elle-même, autrement dit indécise tout au long de la saga, (concernant ses sentiments pour Gale et Peeta, sa vision de la révolution et son opinion sur le pouvoir, elle préfère même tuer Coin plutôt que le président Snow !), elle apporte son « Oui » concernant ces nouveaux jeux. Ce qui laisse le lecteur dans la confusion la plus total. Et puis nous réfléchissons. Encore. Qu’aurions nous fait ? Quel degré d’atrocité mérite des punitions aussi extrême ? Peut-on guérir le mal par le mal ? Quelle avenir pour une humanité qui, finalement, reconnait toujours l’horreur, la dénonce un temps, puis replonge dedans tête baissée ? Des idées qui donnent le tournis, un final et un dénouement qui donne la nausée. Personne ne gagne et rien ne change car les Hunger Games, c’est la vie.


 

Note sur la trilogie :

 Addictif est un mot qui qualifie bien la saga Hunger Games. D’autant que chaque fin de chapitre ressemble au final d’un épisode de True Blood ; il s’y passe toujours quelque chose de grave et d’excitant. Alors on continu, on continu… Dans l’ensemble l’histoire est très bien pensée et en avoir une vue d’ensemble aide à la compréhension et aux révélations vers lesquelles l’auteur a voulu nous conduire. Ce qui est intéressant c’est que ces livres appellent à tout type de public en visant particulièrement des jeunes. Pourtant Hunger Games n’est pas si divertissant, il est plutôt du genre à plonger dans la réflexion, à soulever de lourdes questions qu’on a tendance à ignorer, surtout dans les livres et les films aussi populaires que commerciaux. Ici, il n’en est rien. Suzanne Collins ne nous ménage pas, elle nous secoue dans tous les sens et nous offres quelques gifles, histoire de nous réveiller. Le seul point sur lequel elle se montre relativement pudique, c’est le sexe. Ce qui est dommage étant donné que tous les personnages se montrent comme des humains décomplexés, parfois plus proche de l’animal que de l’Homme, et puis les intrigues amoureuses rythme souvent les péripéties. J’ai l’intime conviction que, sans être un bijou de littérature, Hunger Games mérite largement son succès. En fait, tout le monde devrait lire Hunger Games et si vous hésitez, sachez que le premier tome se suffit à lui-même et qu’il serait vraiment triste de passer à côté.

1 commentaire:

  1. Je suis entièrement d'accord avec cette critique, le livre peut se résumer en deux mots, addictif et dérangeant. Je pense que c'est le seul livre qui m'a fait ressentir de telles choses, un malaise profond mais malgré tout une envie presque vitale de continuer. On se questionne beaucoup tout au long du livre, sur ce dont est capable de faire l'homme, sur le pouvoir, mais en définitive le livre ne traite pas du futur, il n'est qu'une critique de notre présent, un monde qui fait froid dans le dos !

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