5 juil. 2013

Max Brooks & World War Z


 
 Cette semaine sortait sur nos écran le très attendu et très bruyant World War Z. Un blockbuster estivale adapté d’une œuvre littéraire aussi large que fascinante ; celle de Max Brooks. Les écrits de Max Brooks signent en quelque sorte l’apogée du phénomène. Une apogée elle-même conclut par la sortie du film avec Mister Brad Pitt.
  Depuis les années 60 (et même avant nous dirons certains) le phénomène zombie n’aura cessé de prendre de l’ampleur. Aussi, ces 15 ou 20 dernières années, la mythologie du zombie s’est concrétisé et s’est définitivement articulé autour du thème viral, bannissant l’aspect fantastique et s’immisçant dans un réalisme qui a fait sa renommée. Cet engouement et cette précision des termes de l’intrigue, nous les devons à des œuvres comme Resident Evil, s’exposant aussi bien sur console qu’au cinéma, The Walking Dead par le biais des comics et de la télévision et les dernières œuvres cinématographique de/ou inspirés par, le papa de tous les zombies, George A. Romero (voir article sur la saga OF THE DEAD de Romero).
 
Alors en 2003 sortit dans les librairies américaines un livre un peu particulier. Le Guide de survie en territoire zombie. L’originalité de ce livre est qu’il prend la forme d’un véritable guide. Tous les écrits se prennent au sérieux, comme si l’infection zombie (par le virus que Brooks nommera Solanum, un nom désormais récurent) était une réalité qui non seulement pourrait survenir à tout moment, mais qui en fait, se serait déjà produite à plusieurs reprises. C’est amusant et grave en même temps. Aussi la lecture du livre et relativement intrigante puisqu’elle nous apprend énormément de choses sur la survie et sur les conditions extrêmes auxquelles nous pourrions être confronté un jour où l’autre. Ce fameux guide est si riche que je ne fus pas étonné d’apprendre que le gouvernement américain, sur un site officiel, l’a classé dans les livres utiles à lire en cas de pandémie mais aussi en cas de grande catastrophe naturelle ou en cas de guerre. Car qu’on se le dise, Max Brook livre dans ce texte une étude et des conseils très sérieux et bien pensé. Pour venir à bout de l’ouvrage, il s’est bien sûr entouré de spécialiste en tout genre. (la page de remerciement, tout comme celle de World War Z est impressionnante).
Dans l’ensemble, la lecture se montre parfois un peu ennuyeuse (un peu plus de 350 pages). D’autant qu’il s’agit d’un guide pur et dur avec des stratégies défensives, descriptions d’armes, de lieux etc… Difficile de le lire d’une traite comme on lit un roman. On serait plutôt tenté d’y jeter un œil de temps à autres, de lire un chapitre çà et là, après avoir regardé un film de zombie ou lorsqu’on se sent légèrement paranoïaque après avoir regardé les informations ! On choisit aussi ses parties ; j’entends par là qu’en tant que français, les conseils autour des armes à feu familiales et des techniques de survies en milieu marécageux ne me concernent pas nécessairement. Pour autant, chacun y trouvera son compte et quelques chapitres le concernant directement.
  Heureusement certaines parties relève clairement de la fiction, comme l’introduction qui nous présente le virus et les enjeux du présent guide, ainsi que les 90 dernières pages baptisées « Epidémies recensées ». Une dernière partie dans laquelle on sent poindre la genèse de World War Z avec ses propos recueillis, son aspect « enquête » et son champ internationale. En outre ce qui plait aussi dans ce livre (avec un peu de second degrés) c’est sa forme, sa mise en page. Il s’agit bien d’un véritable guide, très complet, avec ses croquis, ses schémas et même une partie « journal de bord » à remplir par le lecteur. Un vrai bonheur pour les fans de l’univers de zombies ! Et une recette miracle qui propulsa bien entendu l’ouvrage dans les hautes sphères des best-sellers. De quoi motiver notre ami Max Brooks pour mener à bien son grand projet : le roman désormais légendaire WORLD WAR Z.
A noter qu’en France, les deux livres paraitront la même année ; seulement en 2009 !
 
  Mais en attendant, trois ans après la sortie du fameux guide (donc en 2006), les américains découvrent World War Z. Il est assez difficile de parler de cet ouvrage si singulier et si riche. On pourrait parler de nouvelles, bien qu’un fil rouge bien établit assemble le recueil en une histoire. Il serait donc plus juste de parler de roman. Mais ici aussi le terme roman semble un peu poussé. On croirait parfois lire un essai historique. C’est bien là l’originalité et la particularité de l’œuvre de Max Brooks, une fois encore l’auteur prend comme acquis le fait que les zombies existent. Ici, on nous signale dès le départ que la guerre des zombies a eu lieu. Elle est désormais terminé mais à quel prix ? Pour quel dénouement ? Des questions qui trouveront bien sûr une réponse au fil de la lecture (une longue lecture, soyez en sûr nous en avons là pour notre argent). L’histoire principale du recueil est celle d’un enquêteur qui travail pour l’ONU. L’homme parcours la terre post-world-war-z afin de recueillir des témoignages de centaines de personnes à travers le monde. Un échantillon représentatif des pays, des classes sociales et des différents point de vues de Mr civil et de Mr politique. Si bien que nous avons là le récit complet d'une pandémie à échelle internationale, depuis les prémices de l’infection jusqu’à la « solution » finale. Après une introduction tout à fait alléchante, Max Brooks nous plonge dans une première partie absolument fascinante : « premiers symptômes ». Si vous êtes du genre à admirer l’érudition et à savoir apprécier le travail d’auteur intellectuel glissé dans des scenarii de genre (ici l’horreur, la sci-fi) il est tout à fait possible que vous criez au génie en parcourant les premiers textes de World War Z. On nous y parle surtout de la condition actuelle du monde. Les enjeux géopolitiques qui le régissent et les raisons pour lesquelles une pandémie sera forcément dévastatrice à l’air de l’ultra communication et du mouvement global.
  Tout y passe ; l’histoire de Chine, sa modernisation polémique et ses inégalité ; l’immigration internationale et les systèmes de « passeurs » ; le trafic d’organe ; les passages et les flux vers l’Europe ; le fléau des bidonvilles ; l’espionnage physique et informatique des pays entre eux ; la situation du moyen orient ; le conflit Israo-palestinien ; le financement des forces armées ; les pharmaceutiques et l’exploitation générale de la peur ; l’argent, le pouvoir, la politique etc… Etc… Des thèmes et des sujets qui donnent le vertige mais qu’il est toujours bon de traiter, surtout dans un ouvrage ayant pour but principale de divertir et qui atteint donc un public pas nécessairement sensibilisé à ce genre de chose. En parcourant ces pages, on en apprend énormément : beaucoup de détails et de notes, des noms, des dates, des faits historiques. C’est d’une richesse incroyable ! Il y a là un véritable amour de la connaissance. Dans le reste du livre, cet aspect sera moins présent mais poindra tout de même de temps à autres. Nous faisant surtout réviser notre géographie !
 
  Le chapitre « la faute » serait du genre à nous faire pâlir. En quelques histoires (une partie assez courte) Brooks nous démontre que si un problème de cette envergure viendrait frapper à nos portes, le monde n’aurait aucune chance. Cette idée est présentée par des éléments très simples qui tournent autour de la politique occidentale et internationale : le mensonge et l’argent. C’est très inquiétant mais Max Brooks ne devient pas non plus alarmiste puisqu’il s’agit là d’une fiction d’horreur. Mais dans l’ensemble, il soulève tout de même des questions très intéressante et avec brio quand on sait que le jeune public s’intéresse beaucoup à ses écrits (merci Max Brooks !)
  On s’enfonce ensuite dans l’infection totale du monde et les récits purement « Z ». Histoires parfois classiques que nous avons déjà vues dans un jeu où dans un film mais qui reste malgré tout agréable à lire. L’intégralité du livre n’est pas aussi prenant que je n'aimerais vous le décrire : en effet certaines nouvelles nous laissent un peu de marbre, sont parfois relativement plates et même franchement inutiles. Mais c’est le jeu quand on lit un recueil de nouvelles. Alors on s’y prend et on se montre ravis de tomber très régulièrement sur des histoires de zombies vraiment prenantes ; angoissantes, violentes, barbares, gores … Tout ce qui fait la renommée de cet univers.
  Enfin, on avance vers le dénouement et les différentes solutions découvertes à travers le monde. On entre alors dans la supposition contrairement aux premières pages qui relataient des faits. Aussi on prendra beaucoup moins au sérieux ces dernières pages qui entre parfaitement dans le cadre « fiction » du roman. Inutile d’en dire d’avantage dur la fin ;) Je vous laisse la découvrir comme il se doit.
 Donc dans l’ensemble, World War Z est un excellent livre et peut-être mieux encore. Il nous accompagne, lui et ses petites histoires, partout et pour un petit moment. C’est aussi l’avantage des nouvelles, on reprend la lecture quand bon nous semble, on déguste, on découvre lentement. Une lecture à compléter, évidemment, par le guide. Il est certaines histoires où on se dit que les personnages auraient bien fait de le lire ce put*** de guide !
 
 
  Depuis le succès de ces deux ouvrages (et plus particulièrement de World War Z pour des raisons évidentes) le phénomène littéraire s’est emballé, porté aussi par l’annonce du film. Alors en 2010 une bande dessiné scénarisé par Brooks en personne à vue le jour : « Attaques répertoriées » qui s’inspire directement du dernier chapitre du guide de survie, là où l’infection n’avait non seulement aucune limite géographique (à l’image de World war Z) mais surtout aucune limite temporel ! Ce qui faisait aussi la richesse du texte et venait compléter World War Z de façon originale. Aussi, on trouve depuis quelques mois (suivant l’énorme promotion du film) une édition collector en poche de World War Z qui propose en plus du texte, quelques goodies bien pensés pour les chasseurs de zombies ; un véritable kit avec pass, cartes etc… Un kit semblable, quoi que moins riche, fut proposé à l'achat du Guide pour les fêtes de noel, une expérience qui est donc réitéré avec de plus amples objets. Enfin (et surtout !) une édition a réunit les deux textes (Le guide de survie en territoire zombie et World War Z) en un seul ouvrage avec la petite malice d’avoir glissé entre les deux 4 nouvelles inédites, relativement longues et qui se distingue parfaitement du dernier chapitre du guide et de World War Z, de quoi faire envie ! Je sais donc ce qu’il me reste à faire (ils sont forts ces éditeurs...)
 Un dernier point concernant le film. On lit beaucoup de chose et beaucoup de mauvaises choses depuis sa sortie. Je dois dire que j’ai particulièrement aimé le film. Je trouve les arguments de la presse relativement infondés ( C’est un blockbuster estival...) et ceux des fans légèrement exaspérants. On trouve encore et toujours les « rien à voir avec le livre» et les « rien à voir avec de vrais zombies ! »
  Soyons claire, le livre est impossible à adapter. Il s’agit de nouvelles, de petites histoires directement contées, comme des souvenirs, par les principaux concernés. Je trouve que les artistes du film ou tout de même réussit à conserver l’esprit du livre avec son aspect internationale et enquête, ce qui est une grande réussite. Quand on parcourt le livre, on se doute bien que le film sera très différent, il y a là une évidence. En cessant donc de comparer on pourra peut-être voir les points positifs de ce dernier, ils sont nombreux ! La qualité des images, le rythme du récit, la musique, la séquence hallucinante de Jérusalem où les contaminés deviennent une véritable vague humaine (une idée qui a des relents de surpopulation et qui aura eu le mérite de me mettre mal à l’aise) une scène d’introduction brillante et un Brad Pitt au top de sa forme !
  En outre, le mythe du zombie évolue un peu ce qui est bon à prendre. Arrêtez donc de vouloir que les zombies reste les même éternellement, c’était déjà le grand débat avec 28 jours plus tard où on criait au scandale parce que les zombies courraient. On entendait des « Romero doit se retourner dans son lit ! » revoyez vos classiques les amis, le premier zombie apparaissant dans « La Nuit des Morts Vivants » court après Barbara…
  J’ai aimé l’apparence des zombies de World War Z, leur nervosité, leur agilité, leur énergie. On fait avancer le zombie dans une nouvelle direction et c’est très bien. Je pense qu’il y a assez de films de zombies datant des années 70-80 pour qu’on ait de quoi se faire des films de zombies « classiques » pour le restant de nos jours ! Alors laissons les choses évoluer et voyons le bon côté ; l’aspect graphique, la violence plus vibrante qui s’adapte aux spectateurs du nouveaux siècle etc…
 
 Quelques points négatifs ; le manque d'un aspect un peu plus "intimiste". Le fameux facteur humain don parle Max Brooks. On aurait même aimé une petite histoire d'amour, mais là je chipotte. C'est un faux point négatif puisque l'absence de romance joue en la faveur du réalisme. Soyons claire, ce n'est pas parce qu'il se passe une chose extraordinaire qu'on trouvera au cours de cette aventure une certaine passion amoureuse. Même s'il nous arrive souvent de voir cela comme une évidence (la faute à Hollywood !).
 En bref, World War Z – le film, n’atteint pas le niveau de son homologue littéraire, comme c’était à prévoir, l’œuvre étant typiquement littéraire (un guide et des nouvelles…) mais il demeure un très bon film. Propre, bourré d’action, d’humour et qui pour autant ne se prive pas pour envoyer quelques piques et soulever quelques questions, sans prétentions. A voir. Et à revoir !
 Mais surtout, je recommande chaudement à toutes et à tous la lecture de Max Brooks.
 
 A très vite !


 

 
 

ARTICLE ANNEXE

 
 
Retour sur la saga of the Dead de George A. Romero
 
 
 

1 commentaire:

  1. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire le livre mais je n'ai pas pu "résister" à l'envie d'aller le voir au cinéma ! J'ai beaucoup aimé le film, notamment les effets spéciaux, les petits détails qui jouent beaucoup sur celui-ci ; La Corée du Nord (?) qui arrache les dents de toutes la population pour éviter la contamination par morsures , les douze secondes d'attente avant la "mutation" , Gerry qui se penche dans le vide pour éviter de contaminer les siens avant de savoir si oui où non il est lui même contaminé, etc ...
    Le gros point négative du film (pour ma part bien-sur) est que Gerry, à savoir un ancien membre de l'ONU, en tout cas dans le film, survie assez facilement aux catastrophes qui lui arrivent, le crash de l'avion,la petite visite en Corée du Sud avec le téléphone qui sonne, pour ne citer que ses deux-ci. Mais sinon, un beau film. Et moi qui ne suis pas spécialement fan de la 3D je trouvais que le rendu était vraiment chouette ! Bref, un bon film.

    RépondreSupprimer