13 janv. 2014

J. K. Rowling, sans Harry Potter




J. K. Rowling… Est-il besoin de présenter l’auteur prodige en qui naquit l’idée hallucinante du petit sorcier à lunette ? Est-il besoin de recasser l’histoire légendaire de la mère célibataire et misérable, qui coucha son imagination sur le papier dans les cafés d’Edimbourg ? Nous connaissons l’histoire de Jo sur le bout des doigts et avons sût saluer à l’unissons la grande œuvre qu’est Harry Potter. Mais en dehors de cette immense saga, nous ne connaissions pas les écrits de Rowling et sa vision du monde réel (hormis par le biais des brillantes métaphores Potteriennes). Aussi, l’arrivé d’un premier roman hors Harry Potter, un roman dit « pour adulte », aura eût de quoi affoler la sphère littéraire…


Une Place à Prendre

  Les critiques du monde entier ont livrés leurs lignes sur « Une Place à Prendre », presque par obligation. Et de façon générale, les avis de la presse furent mitigés et la critique s’est parfois avérée mauvaise. Mais de mon point de vue, « Une Place à Prendre » (« The Casual Vacancy »)est un véritable chef-d’œuvre, un coup de maître que chacun devrait lire un jour et don l’épaisse reliure devrait trouver une place visible dans les étagères lycéennes. Car une « Place à Prendre », c’est un peu la levée d’un voile recouvrant toute forme d’hypocrisies. Des hypocrisies qui s’animent ici dans un petit décor, auprès de petites gens. De quoi toucher chaque lecteur et s’approprier avec un réalisme foudroyant le quotidien banale des occidentaux les plus insignifiants.

  Impitoyable, pessimiste à souhait, pathétique et totalement écœurant, ce roman qualifié de roman « sociale » n’épargne personne et une fois encore, Jo nous livre son avis politique (radicalement de gauche) par le biais d’histoires qui nous sont proches et de personnages terrifiants de réalisme. J. K. Rowling connait les Hommes, c’est indéniable, et telle est la clé de tout génie. Effrayant, déroutant, immonde… Tout le pathétisme humain est ici réunit et côtois celles et ceux qui, dans l’ombre des persécutions, conservent leur cœur sur une main tendu. Pour alléger le poids de toute cette horreur, le roman n’hésite pas à lorgner du côté de la comédie noire et l’humour de Jo fait encore des ravages !

  « Une Place à Prendre », c’est l’histoire de Pagford. Petite ville Anglaise. Mais c’est aussi l’histoire de Yarvil, ville voisine, avec sa « cité » baptisé les Champs. Car le problème de Pagford, c’est que les enfants miséreux des Champs sont pour beaucoup scolarisés dans la petite bourgade… Alors les vieux cons, les traditionnalistes et autres bourgeois exaspérants luttent avec acharnement contre la venue de cette racaille auprès de leurs enfants chéries… La lutte de Barry Fairbrother va en faveur des Champs. Mais ce dernier meurt subitement, laissant un vide dans le conseil communal de Pagford et une chance en or pour les opposant de rejeter les enfants des Champs (et par la même occasion, faire fermer un centre de désintoxication qui à leurs yeux, ne sert qu’à attirer les junkies autour de leur village si tranquille…)

  Ainsi débute le combat acharné et o combien pitoyable d’une ribambelle de personnages de toutes classes sociales et de tous âges. Le génie de Rowling consiste à nous faire découvrir chacun de ces acteurs dans les plus infimes parties de son intimité. Aussi, le panel est très représentatif de notre société et chacun y retrouvera sa propre personne, mais aussi ses ennemies. Le point de vu narratif change constamment, nous passons d’un personnage à un autre et la petitesse de la ville nous fait découvrir au fur et à mesure que tous ces personnages entretiennent un lien, d’une façon ou d’une autre (professionnel, familial, amical, sexuel, ou simple connaissance issu du ragotage). Non seulement le quotidien de chacun d’entre eux nous est exposé de A à Z, mais l’auteur ne manque pas de nous faire savoir l’opinion de chaque personne sur celle que nous venons de quitter (ou celle qui reprendra la narration au chapitre suivant). Entreprise qui prend du temps (et bon nombre de pages) mais qui s’avère fascinante, drôle et de façon plus générale, absolument effrayante.

  Chaque personnage entretient ses priorités et ses objectifs, qu’ils soient politique, sentimental ou de l’ordre de la survie (pour les plus misérables d’entre eux). Au fil des pages s’amorcent une véritable guerre des nerfs qui, contre toute attente, mettra en scène tout ce jolie monde, depuis les adolescents dépressifs jusqu’aux vieux bourgeois grisants, en passant par l’amant indigne, l’épouse lassée, alcoolique et cougar, la reine du ragot, la toxicomane, l’avocat lobotomisé par ses parents, l’adjoint du lycée, paranoïaque et névrosé, le docteur engagé etc etc… Tout y passe ; les racistes, les pauvres, les riches, les abandonnés, les menteurs, les conspirateurs, les précieuses, les infâmes, les rebelles, les blasés, les violents, les suicidaires, les enragés, les enfants, les morts et les vivants.

  La lecture de ce roman prend des airs de show TV de série B avec ses personnages caricaturaux du plus haut ridicule. Mais la conscience générale de cet état, le réalisme suffoquant, les détails touchants et les discours profondément engagés font d’ « Une Place à Prendre » un véritable marathon aux mensonges qui nous retournent dans tous les sens et en appel viscéralement à notre humanité.

  La guéguerre perdure et les coups bats s’accumulent dans ce qui finit par devenir l’explosion de règlement de comptes tout à fait personnels… La pression monte jusqu’à ce que nous soyons conduits vers une apogée d’horreur et une dernière ligne, tout à fait dégoutante…

  Une réussite en tout point. Un juste équilibre des choses qui colle au discoure souhaité et un roman de ceux qui nous accompagnent avec fidélité, et qu’on redécouvre avec un plaisir intense. Si vous hésitez encore, arrêtez et lancez-vous. Attendez-vous tout de même à vous sentir un peu largué dans les premiers chapitres, la multitude de personnages complexifie la compréhension générale de la première partie. Mais une fois ceci maitrisé, le reste n’est que pur plaisir (ou à l’inverse…)

  Un an après ce premier coup d’essai, J. K. Rowling nous revient plus en forme que jamais avec « L’Appel du Coucou » !

 

L’Appel du Coucou

 Inutile de revenir sur le mystère « Robert Galbraith » (ou le glorieux inconnu), ni sur la bombe lâché en 2013 suite à la révélation de l’identité réelle de ce dernier et pas non plus sur le procès mettant en cause l’homme ayant révélé l’information (procès terminé début 2014). Car sur la toile, nous lisons suffisamment de choses autour de l’œuvre, au mépris du texte. Parlons simplement de ce roman ; de ce polar.

  Il est bon de noter que, pour apprécier « L’Appel du Coucou », il ne suffit pas d’être un fan incontesté de Harry Potter et de J. K. Rowling, il faut aussi savoir apprécier le genre littéraire du polar, ici traité dans sa plus pure tradition. Pour beaucoup, ce sera une première et peut-être une grande révélation. Pour d’autre, un titre de plus à ajouter à son étagère « polar ». Car qu’on se le dise, « L’Appel du Coucou » ne brille pas par son originalité et se démarque peu de ses confrères. Néanmoins, la critique semble saluer à l’unisson ce roman (contrairement à « Une Place à Prendre »). Ce fut cas avant que le monde entier ne le sache écrit des mains d’un génie comme Rowling.

  « L’Appel du Coucou » (« The Cukoo’s calling ») demeure néanmoins un bon divertissement doublé d’une lecture des plus agréables. Le mystère qui consiste l’intrigue est très prenant et on se surprend à y penser encore en refermant le livre quand l’heure devient trop tardive pour poursuivre « Qui ? Pourquoi ? Comment ? » on recasse les détails et constatons (un sourire en coin) qu’une fois encore ; la magie Rowling opère.

  L’intérêt de ce roman d’enquête réside en plusieurs point ; tout d’abord, son personnage centrale : Cormoran Strike. Une fois n’est pas coutume, Jo nous prouve son immense talent pour créer de toute pièce des personnages fascinants et d’une profondeur infinie. Tellement proche de la réalité que l’expérience en devient parfois troublante. Le détective privé, ancien militaire de retour d’Afghanistan, où il a laissé une jambe, fraichement séparé de sa sublime fiancée, forme une équipe de choc avec sa nouvelle secrétaire intérimaire, Robin. Le premier défaut du roman apparait justement par le biais du personnage de Robin. Les premières pages nous laissent entendre que Robin sera omniprésente dans l’intrigue et que son importance sera capitale. Mais nous la perdons en cours de route, à peine arrivé au quart du pavé, Robin devient très secondaire ; comme si Jo pensait finalement qu’elle n’aurait ni le temps ni la place pour elle. Nous lui accordons alors quelques instants et une petite importance ajoutée, (elle fera quelques découvertes, se montrera « serviable ») histoire de rester cohérent avec la mise en place du roman et au cas où certain (comme moi) se soit pris d’affection pour la jeune femme...

 Le bon point de cette histoire, c’est bien sûr le milieu social dans lequel elle prend place. Un monde qui nous agite tous d’une curiosité coupable et d’une fascination malsaine. La quatrième de couverture nous présente le suicide étrange d’une mannequin hyper populaire aux fréquentations branchées. Alors, les promesses sont tenues ; notre cher détective se voit voguer dans un univers où lui et sa prothèse font tâches, auprès des stylistes, des mannequins, des comédiens, des jeunes fêtards richissimes, des producteurs et leurs femmes cocainées, des paparazzis et des opportunistes. On constate bien que ces dernières années, Jo Rowling a expérimenté le milieu du show business et les oiseaux de nuit (et de malheur !) qui y évoluent. Comme dans son précédent roman, elle n’hésite pas à pointer du doigt ce qui la dérange, et une fois encore, la politique n’est jamais très loin. Moins virulent qu’ « Une Place à Prendre », « L’Appel du Coucou » reste néanmoins violent, sinistre et parfois colérique. Comme toujours avec Jo, l’ombre de la mort n’est jamais très loin. Mais le ton est ici bien plus léger que dans une « Une Place à Prendre » et l’humour de Jo retrouve son petit coin et allège considérablement le propos.

  Sur la forme, il faut bien dire que les deux-cent premières pages paraissent bien longues. L’intrigue prend énormément de temps à se mettre en place (bien trop) et si quelque chose de notable se déroulait toutes les dix pages dans le précédent livre, on passe ici beaucoup trop de temps à redire et réinterpréter tout ce qui a été vu, entendu etc… C’est sans doute dût à la volonté de l’auteur de nous plonger dans l’enquête et de ne pas nous perdre dans la multitude de détails et de personnages, mais à ce stade, c’est bien trop. C’est à se demander si J. K. Rowling s’est entièrement relut, ou si elle s’est contenté de considérer les longueurs et les quelques de défauts de « L’Appel du Coucou » avec un « Tant pis, ce livre ne sera pas signé de mon nom… ».

  Toujours est-il que, passer cette longue introduction, le roman se laisse lire et s’apprécie tendrement. On se délectera aussi des citations qui introduisent les différentes parties et on notera bien sûr la forte montée en pression qui opère dans les deux cents dernières pages. Une montée qui nous conduira beaucoup plus rapidement qu’on ne l’aurait prédit vers un final grandiose et surprenant. En effet, passé un stade, nous ne voyons plus les pages défiler et certaines conversations (le roman n’est quasiment constitué que de conversations entre le détective et les proches de la victime) ont beaux s’étaler sur des dizaines de pages, nous les prolongerions volontiers tant nous sommes pris au cœur de ces jeux de questions réponses entre des personnages que nous apprécions ! (Je pense tout particulièrement aux scènes avec Ciara Porter, Guy Somé et Rochelle).

  Dans l’ensemble, l’« Appel du Coucou » est une lecture que je recommanderai uniquement aux fans de Rowling et aux afficionados du polar. Pour les autres, inutile de vous lancer dans une entreprise de cette taille (toujours gargantuesque avec Jo) cela n’en vaudrait que trop peu la peine. Choisissez plutôt de lire « Une Place à Prendre » qui lui est un véritable chef-d’œuvre.

 Il est annoncé que les aventures de Cormoran Strike se déclineront en plusieurs épisodes. J’attends donc le prochain tome avec impatience, en espérant cependant découvrir quelque chose de plus excitant.

  A présent Jo, nous attendons la suite de votre carrière littéraire avec une impatience toute pleine de ferveur !

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