3 avr. 2014

Alien : Genèse d'un mythe

 




 Ce qui frappe dans un premier temps avec ce « Alien : genèse d’un mythe » c’est son apparence. Une parfaite réussite éditorial et la promesse d’avoir entre les mains un objet unique. En effet, l’ouvrage de Ian Nathan, publié en France par nos amis geeks de chez Huginn et Muninn est une petite merveille, un régal pour les yeux et l’assurance de quelques frissons d’exaltations pour les plus grands fans du Xénomorphe.




  L’intérêt de ce livre est qu’il traite exclusivement du premier film. Sorte de grand making of écrit, nous ne trouverons pas ici de longue description de l’univers étendu « Alien » (bien que sur la fin, l’auteur en dira quelques mots inutiles pour meubler). Non, seul « Alien » premier du nom, l’œuvre culte de Ridley Scott, se développe au fil de ces pages. L’ouvrage s’amorce autour de 5 chapitres retraçant des évènements précis. Mais tout commence par une introduction où l’auteur se présente et introduit le sujet traité. Viennent ensuite plusieurs pages magiques, évoquant le tournage du climax, la légendaire scène du Cheestbuster, la mort brutal du personnage incarné par John Hurt. Cet instant nous plonge immédiatement dans l’ambiance et, mieux encore, directement sur les plateaux d’Alien. L’impression soudaine d’être dans un roman singulier, nous racontant les affres d’un tournage, le jour où une scène dantesque est à l’œuvre. Une idée brillante, une entrée en matière de toute beauté. Si l’ensemble du livre avait pu être à la hauteur de ces premières pages, j’eus crié au génie et pour la première fois, un texte parlant d’une œuvre aurait pu égaler son sujet. Ce n’est pas le cas.




  Le premier chapitre, sobrement intitulé « La Naissance » retrace la pré-production houleuse du film. Depuis la naissance d’une idée jusqu’au tournage, en passant par les multiples remaniements de scénario, la recherche de financement, d’un réalisateur etc… Les détails de ce long cheminement sont fascinant, surtout dans le cas d’un film de série B comme « Alien », difficilement banquable. Nous découvrons aussi la genèse d’un élément majeur pour le film ; la découverte de l’artiste Suisse H. R. Giger, à qui nous devons l’apparence de l’Alien, de l’épave et le procédé d’évolution de la créature. L’art de Giger tourne autour de la désormais célèbre « Bio-mécanique », personnalisé par son auteur dans une débandade érotique totale qui a fait d’Alien une œuvre à l’esthétique unique !

  A savoir, pour chaque chapitre, une enveloppe de fac-similés, reproduction papier d’élément issu du film ou de sa production, sont proposé aux lecteurs. Elargissant la portée de cette immersion dans le tournage du long-métrage. Pour ce premier chapitre, nous trouverons deux story-boards signés Ridley Scott.




« Le Nostromo », second chapitre, s’attarde sur la conception des décors, les détails de plateau et le lancement du tournage. Le tout est agrémenté d’anecdotes fascinantes (bien que pour la plupart, déjà connus des fans) sur la vision du film par ses différents artistes, les secret de tournage et les scènes abandonnées/modifiées. Ian Nathan fait également un point très intéressant sur les références littéraire et cinématographiques des artisans d’Alien. Des comparaisons entre la version cinématographique et Director’s Cut sont faites (malgré leur intérêt douteux) et le texte se penche sur le casting.

  Dans ce second chapitre, un plan détaillé du Nostromo nous est proposé, ainsi qu’un croquis en trois dimensions de l’infirmerie où Kane reposera, le Facehugger bien accroché au visage…


  Le troisième chapitre fut pour moi l’un des plus fascinants, notamment grâce à ses riches illustrations. « Un organisme parfait » porte très bien son nom. Nous y parons de l’Alien, de son évolution, de son système de reproduction et surtout (clé du succès de la franchise) de son apparence ! L’art de Giger y est alors décortiqué de façon plus détaillés. Nous y découvrirons comment ce scénario de série B s’est vu sublimé et a vu son budget augmenter. Les Œufs, l’épave, le Space Jockey et la mythologie Alien y est décrite et nous découvrons, perdu dans différents essais visuels et scénaristiques, sa genèse exacte. Mais alors, l’auteur tourne en rond, il revient une fois encore sur la scène du Cheestbuster et sur l’art de Giger. Non pas que la chose soit déplaisante, mais elle est inutile. L’impression soudaine que finalement, un livre entier sur un seul et même film exigeait de l’auteur qu’il se mette à radoter… Une impression qui se confirmera par la suite. Heureusement le chapitre est agrémenté de croquis sublimes et de photos de productions fascinantes. La dimension sexuelle d’Alien et de son esthétique est alors dépeinte en détail, les dires de certains comédiens, la construction des décors et la volonté du metteur en scène sont habilement alignés. L’intrigue nous est joliment simplifiée en quelques mots et le propos est clarifié : «Un pénis maléfique qui pourchasse une jeune femme indépendante ; un cycle de vie qui intègre un viol et une naissance meurtrière, et qui manifeste la paranoïa de l’homme à propos de la grossesse et de l’émasculation ; un univers sado-maso : tout est là, dans un sourire aux dents aiguisés et dans un crâne en forme de gland. »

 Les deux fac-similés représentent des œuvres de Giger : Le Space Jockey, directement issu de son Necronomicon, et le Facehugger en plein pondaison.

 


  Vient ensuite un chapitre entièrement dédié à Ripley. La biographie de Sigourney Weaver y est exploitée, on parle de quelques anecdotes, comme le fait que Meryl Streep fut pressentit ou que Weaver avait beaucoup de réticences (elle fut convaincu, comme beaucoup, par les croquis). Le chapitre ce clôture alors sur un focus autour de la scène du Narcissus. Le quatrième acte d’Alien dans lequel Ripley affronte en tête à tête (et en petite culotte !) la créature. Nous apprendrons d’ailleurs que Ridley Scott et Sigourney Weaver souhaitait voir le personnage entièrement nu pour cette scène. Une idée qui ne fut pas au gout de la production.

  Pour ce chapitre, les fac-similés sont les suivants ; un autocollant à l’effigie du logo du Nostromo, et une page de scripte (recto verso).



  Enfin, « L’héritage » nous raconte la sortie du film et les vives réactions qu’il a pu engendrer (la guérilla dans les salles de cinéma). L’explication du choc ressentit pas les spectateurs est suggéré de la sorte ; contrairement à des films comme l’Exorciste ou Massacre à la Tronçonneuse, où le public venait voir un film d’horreur, les spectateurs ont été ici prit de court, venus voir un film de SF peu de temps après la sortie (et le succès !) de Star Wars, ils ne s’attendaient pas à cela ! Deux petite affiches nous sont proposées en guise de fac-similés.



  Dans l’ensemble, la lecture d’ «Alien ; genèse d’un mythe » est un vrai plaisir. Nous sommes réellement transportés sur les plateaux de ce film mythique. Mais finalement, lire cet ouvrage en toute connaissance des multiples bonus DVD et Blu-ray s’avère être un problème. Oui, les plus grands fans n’apprendront pas grand-chose de ce texte. Alors, pour le plaisir des illustrations et fac-similés ? Oui, mais aussi pour redécouvrir ce film mythique sous un œil différent ; celui du texte revenant sur un tournage. Un dernier point, négatif. La passion de l’auteur est palpable, ce pourrait être une bonne chose si nous n’avions pas régulièrement l’impression d’avoir affaire à un fan hardcore qui nous écrit depuis sa chambre recouverte de poster d’Alien et de photos de Ripley en culotte. Parfois excessif, ce « passionné » voit des choses où il n’y a rien et exagère certains points : la dimension sexuelle, qui rappelons-le n’est pas nécessairement visible au premier coup d’œil, et l’impact sur le publique (ce qui est assez fréquent pour les célèbre films d’horreur, on essaye toujours de nous faire croire que les toilettes de la salle abritaient une cinquantaine de jeune filles vomissant, que la moitié du public s’est évanouit et qu’on entendait plus rien à cause des hurlements de terreur.)



  L’ouvrage reste néanmoins recommandable, mais probablement à réserver aux fans où au férus de Science-Fiction ! Et si la lecture vous a emballé, pensez à jeter un petit coup d’œil sur la version « Terminator » de ce livre, toujours signé Ian Nathan et disponible en France chez… Huginn & Muninn.

 

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