1 sept. 2014

Le Labyrinthe de James Dashner

 
  Le Labyrinthe, premier tome d’une trilogie connue en France sous le nom de « L’épreuve » raconte l’histoire de Thomas, un adolescent amnésique qui se retrouve propulsé dans une communauté de jeunes garçons vivants au cœur d’un mystérieux labyrinthe…

  Sur le papier, ce roman Young Adult avait tout pour plaire ; une solide réputation, un statut de Best-Seller, une histoire tissée autour d’une énigme intrigante, un univers assez original aux relents de monde post-apocalyptique (dans la pure tendance actuelle), un propos plus dur et plus violent qu’à l’ordinaire et un chapitrage basé sur des fins en cliffhanger. Mais malgré ça, Le Labyrinthe ne convainc pas…

  Le premier défaut du livre, c’est bien sûr son écriture. Très incertaine, peu fluide, trop enfantine (pas dans le public visé, mais dans la syntaxe de son auteur) et par moment, carrément mauvaise. Le manque de vocabulaire est flagrant, les dialogues sont idiots et rivalisent d’incrédibilité avec les plus mauvais téléfilms. A chaque page, il est au moins une phrase qu’on souhaiterait réécrire nous même !

  L’autre problème flagrant du roman est son personnage principal, l’ami Thomas. La profondeur du caractère laisse totalement à désirer et les détails de sa personnalité manquent cruellement, à tel point qu’on peine à l’imaginer (qu’on ne me cite pas son amnésie en contre-argument, ce n’est en l’occurrence pas recevable ; l’amnésie ne justifie pas l’absence d’une solide personnalité, même en devenir). Aussi, son arrivée dans le Labyrinthe manque d’une certaine crédibilité dans le sens ou ses interrogations, ses peurs et sa surprise sont trop rapidement mises de côté, l’auteur se montrant incapable d’en faire une bonne description. Il n’y a pas de ressentis (ou à peine), juste des listes interminables de questions, très mals amenées, dont certaines n’ont pas lieux d’être tandis que d’autres sont inexistantes, des questions que n’importe quel être humain se serait posé en pareilles circonstances… Autre problème ; le manque d’intelligence des personnages (qui sont pourtant supposés être une élite intellectuel) le lecteur comprend bon nombre de choses bien avant que les personnages ne commencent à y songer (en sachant que certains d’entre eux vivent dans le labyrinthe depuis plus de deux ans…) Tout ceci rend l’histoire peu crédible. Très vite, nous cessons d’y croire.

  Je déplore également le manque d’imagination de l’auteur, du fait d’une absence pesante de descriptions (les lieux, les personnages, les créatures…) James Dashner semble compter avant tout sur l’imagination de ses jeunes lecteurs. Si la chose peu se montrer parfois intéressante, elle relève ici clairement d’un manque de travail et d’un tour de force que l’on pourrait nommer Facilité. Aussi, les mystères, les révélations et l’étendu de l’univers sont extrêmement tirés par les cheveux, comme si l’auteur souhaitait surprendre à tout prix, en racontant à peu près tout et n’importe quoi.

  Malgré ces points, nous lisons (rapidement) ce livre en espérant toujours un mieux et en se laissant prendre au mystère du labyrinthe. Une fois commencé, nous attendons bien sûr la conclusion et une réponse à la grande question : qu’est-ce que le labyrinthe ? J’ai d’abord crut que la réponse viendrait au terme de la trilogie, mais non ; celle-ci apparait dans les dernières pages de ce premier tome et nous met face à une grande déception. On se dit « C’est tout ? » et on réalise qu’on s’attendait bien sûr à quelque chose de ce genre. Aucune surprise donc. Les dernières pages se lancent alors dans la présentation rapide d’un nouveau mystère, toujours plus poussé, vide d’originalité et clairement généré dans l’intention de créer une énorme surprise, si énorme qu’elle en est raté, étrangement attendue et, pour autant, totalement hors propos…

  Il faut dire ce qui est, malgré son grand succès (inexplicable selon moi) Le Labyrinthe n’a rien d’un grand roman jeunesse. Il est à des années lumières de l’écriture fluide et enchanteresse d’un Harry Potter. Il est tout aussi éloigné, malgré les efforts qui vont dans ce sens, de la violence et d’un concept tel que celui de Hunger Games. Il n’est pas capable de créer l’empathie ou de décrire correctement les conflits internes et les sentiments de l’adolescence. L’auteur jongle avec tous les clichés et se permet même l’une des histoires d’amour les plus ratés de l’histoire de ce genre littéraire… (On regretterait presque Bella et Edward…)

  Pour clouer le tout, la page de remerciements, à la fin du roman, m’a laissé sans voix : une liste interminable de noms ayant contribué à l’élaboration et la correction de l’ouvrage. Et oui, James Dashner n’a même pas pu arriver à ce résultat de son propre chef…


  A savoir, je me suis tourné vers ce livre en découvrant la bande-annonce de son adaptation cinématographique. Une bande-annonce qui promet un film intéressant, notamment porté par une excellente distribution, une mise en scène à priori correcte et des images de très bonne facture. J’ai bon espoir que le film se voit en mesure de surpasser un roman qui, malgré sa mauvaise qualité, reste divertissant et battît sur une histoire qui a du potentiel.

  Mon conseil ; le film sera à voir, le livre est à éviter (surtout quand on voit le prix… Mais même en poche à 4€, je ne le conseillerais pas.) Inutile de vous dire que je ne lirai pas le second tome.

  L’on me dit souvent que je suis bon public, il y a sans doute du vrai. Mais pour le coup, je suis le premier à avouer la basse qualité de cet ouvrage qui va à contrario de son succès… Un phénomène qui parait de plus en plus visible…

  

1 commentaire:

  1. J'ai beaucoup aimé l'ambition de cette critique, même si elle sombre parfois dans une mauvaise foi : critiquer l'incompétence d'un auteur sur une page de remerciements est assez bas, surtout pour une critique littéraire. Personne ne peut ignorer (surtout à notre époque) que les corrections, et tout autre remaniement, sont des exigences éditoriales ; certains auteurs se plaignent de voir leurs textes défigurés à la suite de pareils procédés.

    Un point passant en filigrane dans votre chronique a retenu mon attention. En effet, vous avez très bien souligné le travers de notre époque qui consiste à "fabriquer" des textes. Les éditeurs n'hésitent plus à s'asseoir sur l'ambition première des auteurs (si tant est qu'ils en aient encore !) et à récuser tout effort fait sur le processus d'écriture (ce que vous nommez le style) afin de coller aux besoins de consommation du lecteur. Vous obtenez ainsi une substance, qui est tout, et se suffit à elle-même. Tant pis si les personnages sont pauvres, si les descriptions sont rudimentaires... C'est ici que le conflit se transforme en dilemme : le lecteur ne sait plus sur quel pied danser. Faut-il excuser le style si l'histoire tient la route, ou l'inverse, sans jamais évoquer un possible équilibre entre le fond et la forme du texte. Et la technique semble fonctionner, puisque vous-même avouez vous être laissé prendre au jeu.

    Attention toutefois à ne pas sombrer dans les écueils que vous relevez : votre orthographe laisse à désirer à de nombreux endroits. Mais je lirai avec plaisir d'autres critiques si elles sont aussi franches.

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